Dessin


Dorures

Havre

Alchimie


Graphite et Dorure - 20cm x 20cm - 2017



 Je garde tu gardes il garde nous gardons vous gardez.

Je garde mes secrets tu gardes mes regards

Il garde mes rancœurs nous gardons vos rancunes.

Vous gardez de mon sang au creux de votre main.

 

C’est ainsi que Mélanie, belle et charmante jeune femme de vingt sept ans, s’endormait tous les soirs, en répétant inlassablement les mêmes phrases. Elle ne comptait pas les moutons, oh non ! Elle comptait les mufles de sa vie. Perdue, célibataire, un boulot pas terrible, elle avait le chic pour tomber sur des hommes qui lui faisaient miroiter le bonheur éternel et la laissaient au final avec des bleus sur les jambes et une âme lacérée. Il était où cet homme puissant mais fragile, beau mais imparfait, profond mais superficiel ? Il était où celui qui lui prendrait son âme juste pour la rendre plus belle ? Il était où SON homme ? Pas dans ceux qui transpirent le mensonge et flirtent avec le diable.

Elle s’enroula dans les couvertures et éteignit sa lampe de chevet. Mais derrière ses paupières palpitaient des horreurs. Dans le silence de cette chambre emplie de solitude, elle se vit sortir de son appartement, doucement, pour qu’aucun voisin ne la remarque et sortir dans la rue par cette tiède soirée d’été. Elle se vit parcourir le chemin qui menait à l’appartement de ce dernier butor, celui qui deux semaines auparavant l’avait plaquée contre le mur en l’insultant et en la frappant de ses mains lourdes. Elle se vit sonner à sa porte, attendre. Attendre et sentir son cœur accélérer au rythme des pas lourds de l’homme derrière la porte. Elle se vit s’engouffrer comme une tempête dans l’antre de cet homme, et lui montrer une arme. Une arme blanche bien sûr, pour que son sang puisse lui rougir les mains.

Elle s’imagina sa stupeur, sa peur, elle sentit l’odeur de prédateur se changer en l’odeur de panique. Elle jouissait de voir la lame s’enfoncer dans la chair molle de l’homme qui l’avait tant fait souffrir.

Elle jouissait de ce bruit indicible de la vie qui s’échappe.

Tranquille dans son lit, ces images la faisaient sourire, lui procurait un plaisir incroyable, une joie inespérée.

Elle n’avait plus peur. Elle gagnait, enfin. Elle tomba dans un sommeil réparateur, serein, propre.

La vision de ce meurtre était comme un doux remède à tant de rage en elle.

Elle se leva, à l’aube, le cœur léger.

Elle se glissa sous la douche.

L’eau devint rouge.

 

Elle garde de son sang au creux de ses deux mains.

   Texte de Sarah Jugand-Monot    2015

Mines de plomb et Feuilles d'or. 29,7cm x 42 cm    2014




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conscience

Mines de plomb et Feuilles d'or. 29,7cm x 42 cm    2014



Dans une cuisine quelconque, dans une ville quelconque,

dans un siècle quelconque, il y a une femme.

Elle fait la cuisine, les mains grasses et le cœur battant.

Elle s’active, frotte, se dépêche ! Il va rentrer.Elle va vite, nettoyant les tomates, épluchant les concombres, surveillant le rôti. Elle jette des petits regards à la porte d’entrée, attendant le bruit si familier de la serrure.

Elle s’active, regarde l’heure et son cœur accélère.

C’est bientôt l’heure, il va rentrer ! Ranger la cuisine, mettre le couvert, se regarder dans la glace, se recoiffer.

Elle descend l’escalier. Plus que dix minutes.
Elle vérifie que tout est en place, bougeant d’un centimètre la bougie sur le bar, redressant les coussins sur le canapé vert qu’ils ont eu à leur mariage. Elle sent son cœur qui n’en peut plus de battre, qui ne se contrôle plus.

La porte s’ouvre.

Elle se pose dans le couloir. Tous les soirs le même rituel. Depuis des années. Il entre, pose ses clés dans la soucoupe du vestibule. Il ne dit rien, pas un mot. Jusqu’ici tout va bien. Il fredonne. Elle frissonne. Il la regarde. Elle baisse les yeux.

Elle espère du plus profond de son être que tout sera parfait ce soir, Mon Dieu, Faites que tout soit parfait.

Il avance dans le couloir. Elle le suit, à petits pas.
Il entre dans la cuisine. Il renifle comme un ogre.
Il ouvre le four. Il se relève. Trop tard, elle a compris.
Il défait sa ceinture, se rue sur elle, telle une hyène sur une charogne vivante.

Elle met ses mains devant son visage, geste absurde.
Elle tombe à genoux.
Puis elle se répète à elle-même, comme une prière qui l’empêcherait de souffrir :

prend le contrôle de ta vie, prend le contrôle de ta vie, prend le contrôle de ta vie…

Demain.

   Texte de Sarah Jugand-Monot    2015

Mines de plomb et Feuilles d'or. 29,7cm x 42 cm    2014





 

- Qui es-tu ?
- Etréant
- Qui es-tu ?
- La puissance des souches et la fragilité des feuilles.
- Que veux-tu ?
- Que tu respectes la Terre qui nous porte,

nous nourrit et nous accueille après la mort.
- Pourquoi souris-tu ?
- Je souris parce que tu tentes de me séduire
- C’est vrai.
- Je souris parce que tu cherches à me dominer,
souvent.
- C’est possible.
- Je souris parce que pour m’offrir cette rose,
tu l’as cueillie.
- C’est évident.
- Mais en la cueillant, tu l’as tuée.
Donc tu n’as pas compris.

Mines de plomb et Feuilles d'or. 29,7cm x 42 cm    2014

   Texte de Sarah Jugand-Monot    2015




Il paraît qu’auparavant, j’étais un homme.
Lisse, propre, digne et vénérable.
La pourriture est venue.
Il paraît qu’il y a longtemps, mes enfants riaient, sautaient, dansaient au rythme des guimbardes

et des chants immortels.
J’ai senti la putréfaction me saisir.
Il semblerait qu’avant, je mangeais des couleurs, j’écoutais des femmes et caressais du vent.
Outrage de la déliquescence. Cadavre exquis.
Acharnement de la gangrène.

Au milieu d’une forêt, je stagne et je moisis. Mes yeux deviennent rances et mes cheveux brûlent.

Finalement, je vais me désagréger et me taire en poussière.

Spores.

Je reviendrai.

   Texte de Sarah Jugand-Monot    2015

Mines de plomb et Feuilles d'or. 29,7cm x 42 cm    2014



Dessins divers

Crayon graphite, mine de plomb et stylo encre. Formats variés.     2014


Beaux Arts / Croquis de nu

 Crayon graphite et Retouche numérique. Formats variés.     2009